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Fév 28, 2020

Coronovavirus en Italie, bienvenue dans un monde parallèle

La situation depuis Turin

Le monde entier ne parle que d’une seule chose, ce fameux virus qui est en train de faire trembler la planète, le coronavirus qui viendrait décimer la population mondiale… A l’heure où l’Italie est dans une situation quelque peu délicate dû au grand nombre de personnes contaminées, on vous raconte notre semaine au pays de la dolce vita placée en quarantaine. Aucun fait médical et aucun décompte des contaminés dans cet article. Le simple récit de ce que nous vivons en ce moment en Italie.

Vie paisible au nord de l’Italie, quand tout à coup…

Tout commença la samedi 22 février, au matin. Café et connexion sur Twitter à coup de #CoronavirusItalia. Madonna santa barbara, c’est quoi ce bordel ? Déjà de nombreux cas de coronavirus dans le nord de l’Italie, une zone précise est déclarée : le foyer se trouve autour de Codogno. Tout proche de Lodi ? Mais ce n’est déjà pas là où le train avait déraillé début février ? Si ! Et Codogno, attends, ouvre Google Maps… C’est où ? Entre Milan et Piacenza. Ah.

Les journalistes sont en boucle : qui est le patient zéro ? Le patient zéro serait un homme qui serait rentré de la Chine ou qui aurait mangé avec quelqu’un qui est rentré de Chine… En fait, non, ce n’est pas le patient 0. Mais qui est le patient zéro bon sang ? Les italiens veulent savoir ! Le monde veut savoir ! Un vent de panique souffle, non pas sur les plaines de la Bretagne Armoricaine mais bien sur la Plaine du Pô ! Il va infecter ta femme, ton fils et ton domaine… AH BON ? Enfin en réalité, il semblerait que l’on puisse en guérir. Bonne nouvelle ?

Après une semaine de déplacement pour l’une et de maladie pour l’autre (état grippal), on commence à faire nos calculs. Alors moi j’étais là et puis ici, le weekend d’avant on a été là et toi ensuite… Tout comme cet article, à ce moment précis, plus rien n’a de sens ni d’ordre dans nos têtes. A l’instar de nos concitoyens adoptifs (les italiens), nous sommes en plein plongeon dans le chaos.

La quarantaine et isolement

Dimanche 23 février, p**tain les cas augmentent, la Lombardie et la Vénétie sont les deux régions au cœur de l’épidémie. Ok faut rester calmes mais comme tout le monde, on regarde les journaux télévisés, on suit les médias, italiens. Ils semblent partis en roue libre. On est à deux doigts de voir la faucheuse sonner à la porte. 120, 150, 200… Le gouvernement annonce que les 11 villes, Codogno, Casalpusterlengo, Bertonico, Castelgerundo, Castiglione d’Adda, Fombio, Maleo, San Fiorano, Somaglia, Terranova dei Passerini et Vo’ Euganeo (Padoue) seront placées en confinement, aucune entrée, aucune sortie de ces territoires. OK. Ordonnance des régions, dont le Piémont, qui lui aussi semble en alerte rouge… Aspetta*, le Piémont ? Là où on vit ? Oui. La Région Piémont, comme plusieurs autres régions, annonce que les écoles, les musées, les cinémas, les monuments resteront fermés jusqu’au 1er mars, les événements sont annulés, nous sommes invités à privilégier le télétravail. Nous sommes dimanche soir, sans voix, inquiètes de cette propagation dans le nord de l’Italie. Tout ce qu’on lit, ce qu’on entend provoque un sentiment de panique et d’incompréhension. Que va-t-il se passer demain ? Est-ce que ça ressemble à ça la fin du monde ? #CicciaCervaDrama

*attends en italien

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Psychose générale !

Lundi 24 février, temps record pour aller au travail. En pleine période de carnaval couplée du coronavirus, personne sur la route. N’a-t-on finalement pas trouvé un moyen de bloquer les véhicules pour réduire la pollution dans Turin ? Ça va, on plaisante ! Au travail, on retrace l’itinéraire de la semaine passée de l’une (dont on taira le nom), dio mio, passage dans LA zone infectée. Que doit-on faire ? Il faut se déclarer, il faut informer, ok, informons. Mais les numéros à disposition sont bien sûr surchargés. Coup de téléphone par ci, coup de téléphone par là. En plein mois de février, le mal de tête, la toux et le nez qui coule sont le quotidien de bon nombre de personnes en Italie. Simple rhume ou coronavirus ? De combien de temps est la période d’incubation ? Ça tombe mal, surtout après le climat fou que nous avons eu ce dernier mois. Tantôt 15 degrés, tantôt 2 degrés… Un jour au printemps, un jour en plein cœur de l’hiver. Les sages l’avaient dit, on va tomber malades. Les sages, ce sont nos collègues mamans. Les médias italiens s’emballent, sont devenus fous, ils sèment la psychose en Italie. Regardons plutôt les sites d’informations officiels, l’Organisation Mondiale de la Santé, le ministère de la Santé italienne, le ministère des Affaires Étrangères Françaises. Rassurant ? Mouai… Le cours de la bourse chute, on parle de crise économique, on parle de crise sanitaire. Cazzarola (Bon Sang ! La vache !) c’est la crise ?

Mais alors le coronavirus va nous tuer ? Il paraît que ça touche les personnes âgées et celles avec une santé fragile. On a une santé fragile ? Non, on a un rhume en hiver comme tout le monde. Le nombre de morts augmente, porc vache ! (on dit porca vacca en italien oui). On peut lire que toutes les personnes décédées étaient en mauvaises conditions de santé et qu’ils sont morts avec le coronavirus et non à cause. Ça permet un peu de relativiser même si ça n’enlève rien à la tristesse des faits.

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Le début de la fin pour les italiens

Mardi 25 février, l’une reste chez elle et pratique le fameux télétravail. La seconde ne peut manquer le travail, ni travailler à distance. Au travail d’ailleurs, à peine arrivée, il y a un kit du parfait laborantin pour tout désinfecter sur le poste de travail. A partir de mardi, ça part en vrille, enfin surtout hors de la botte. En Italie, il semblerait que les médias se soient un peu calmés malgré les cas qui augmentent (sur l’échelle de la psychose ++) mais de l’autre côté de la frontière, c’est panique à bord. Fermez les frontières disent les français ! “il faut empêcher les italiens de venir chez nous”… On ne voudrait pas paraître alarmistes, mais vu le nombre de voyages quotidiens en Europe, des uns, des autres, ajouté au fait que le coronavirus a fait son entrée sur notre continent fin janvier, ça semble un peu tard. Bon, ne disons rien, après tout, on n’est pas médecins. Les pays voisins, chacun leur tour décident ou non de ne plus accueillir les italiens sur leur sol. Ok, de toute façon, on n’avait pas franchement prévu d’aller en voyage. Enfin si, à Vérone, mais tous les musées et monuments y sont fermés. Ok, on annule. La petite sœur qui devait venir quelques jours à Turin, annulé. Ça semble presque irréel, tout à coup, on ne peut plus bouger librement.

Les italiens et tous les habitants de l’Italie deviennent en un claquement de doigt les pestiférés de l’Europe.
Ça fait un drôle d’effet !

Être en danger ou être le danger ? Telle est la question.

Et nous ? L’impact sur notre vie à Turin ? On est littéralement abasourdies par ce qui est en train de se produire. Sommes-nous contaminées ? Doit-on faire des tests ? Il y a-t-il des raisons de penser que nous sommes contaminées ? Doit-on rester cloîtrées ? Pour l’Europe, nous sommes devenus des coronavirus sur pattes mais en Italie non. Sommes-nous en danger ou sommes-nous le danger ? Ou bien les deux ou peut-être aucun des deux ? On a mal à la gorge mais ça va on respire bien. Ouf !

Et dans la ville alors ? Certains lieux sont fermés mais les supermarchés, bars et restaurants sont encore ouverts. Vides certes, mais ouverts. Jusqu’à mercredi, quasiment personne dans les rues de Turin. Plus de 900.000 personnes ont déserté la ville. Habituées aux klaxons, à la foule, chacun reste chez soi. On est tous dans le même bateau. Avec pour seule “arme”, une liste de conseils d’hygiène à respecter. Bien.

Les gens se sont rués dimanche et lundi dans les supermarchés, essentiellement en Lombardie mais certains supermarchés de Turin n’ont pas été épargnés. Il n’y a plus de masques, plus de gel hydroalcoolique, ni dans les pharmacies, ni dans les magasins. Pour le gel hydroalcoolique c’est embêtant mais les masques ? Si l’on est pas un risque pour les autres, on ne doit pas en porter. C’est pourtant simple à comprendre non ?

Dans les régions “dangereuses”, la Lombardie et la Vénétie, des malins en profitent pour soutirer de l’argent aux personnes les plus vulnérables en faisant croire qu’ils viennent faire un test du coronavirus. Le gouvernement est obligé de faire une communication à ce sujet, informant que personne ne vient faire de porte à porte pour effectuer des tests. Mais dans quel monde vit-on ?

Notre famille en France s’inquiète

Notre famille commence à s’inquiéter, si on avait réussi jusque là à les rassurer par messages, les appels commencent à fuser. Les italiens sont devenus LE danger numéro 1, les italiens sont les nouveaux chinois ! Bene ma non benissimo, comme on dit ici. Alors on rassure, non, on ne va pas tous mourir du coronavirus. Non, nous ne sommes pas en danger imminent. 2 cas dans le Piémont. On rassure mamie surtout, qui, la pauvre, se faisait un sang d’encre en regardant sa télévision depuis des jours. Les médias y pensent à nos personnes âgées qui voient les informations et s’inquiètent plus qu’il n’en faut pour leurs petits enfants en Italie ? A l’étranger ?

Les réseaux de l’angoisse

Les réseaux sociaux, le bal de la folie. Tout un tas de comptes sortis de nul part se mettent à relayer des informations anxiogènes toutes les deux secondes. Avec des faits : ALERTE 11 morts en Italie. ALERTE 345 contaminés en Italie. ALERTE 6 contaminés en France. ALERTE PANDÉMIE ON VA TOUS MOURIR DEMAIN. Oh ! Mais des gens sont payés pour écrire ces tweets ? La peur est bien là. En France, tous les enfants et étudiants sont priés de ne pas aller en cours s’ils rentrent d’un voyage en Italie. Ils doivent être mis en quarantaine. Tous les voyageurs revenant de Lombardie et Vénétie sont appelés à rester chez eux pendant 14 jours. Les gens annulent leurs voyages mais les compagnies aériennes, elles, n’annulent pas leurs vols. Ce qui leur permet de ne pas dédommager les voyageurs. Pour quelles raisons aller dans un pays qui est présenté comme le coronavirus en personne où les lieux publics sont fermés avec en prime la quarantaine au retour ?

Leçon de géographie italienne s’il vous plait

De sérieux soucis de géographie, c’est aussi ce qu’on retient de cette semaine. On ne compte plus les messages “est-ce que je dois annuler mon weekend à (une ville du sud de l’Italie)…”. Et bien, le foyer de l’épidémie semble se trouver à mille kilomètres de ce lieu. En fait c’est aussi loin que Lille – Marseille. Pour faire simple, Codogno c’est plus proche de Lyon que de la Sicile. Et ce n’est pas tout, le Président va à Naples, “oh mon dieu il va contaminer les français !” Parce que vous, vous rencontrez souvent le Président de la République ? Et si on suit cette logique, qui nous dit que ce n’est pas lui qui ramène le coronavirus de Paris aux napolitains ? Au-delà de cette cacophonie, chacun d’entre nous prend ses propres décisions sur ses déplacements et, on vous en prie, informez-vous avec les sites d’informations officiels et non avec BFM TV.

Ci-dessous la conclusion

En clair, il faut que tout le monde se calme. Le virus est déjà en France, en Allemagne, en Espagne… Et en Italie, par chance, nous ne sommes pas tous malades. On rappelle que la population composée de 60 millions de personnes plus les étrangers / immigrés / expatriés (choisissez la mention que vous préférez). Les cas sont à ce jour 650 dont 300 réellement malades et une très grande partie provient dans la même zone, qui, rappelons-le, est confinée. Il y a des morts mais il y a aussi des personnes guéries. C’est assez positif pour être souligné ! Alors oui, il faut limiter la propagation du virus. Non, on ne meurt pas systématiquement. Faites attention aux personnes âgées et fragiles, rappelez à vos grands parents les numéros d’urgence en cas de symptômes et alertez vos proches à propos des individus malveillants qui pourraient profiter de cette période de panique. Mais surtout, calmez-vous, lavez-vous les mains, toussez et éternuez dans des mouchoirs jetables (ou vos manches) et prenez votre températures. Et du calme bon sang ! [Article écrit jeudi 27 février au soir]

Ciccia&Cerva - Auteur

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Comments ( 15 )

  • AuroreVoyage

    C’est fou de lire ça avec le recul.
    Vous alliez être placés en confinement peu après. Fin février je m’inquiétais de mon voyage en Sicile prévu le 22 mars, j’en brûlais tellement d’envie. Mais à cette date, ça ferait déjà 6 jours que nous serions en confinement. Quelle folle période. Et franchement, je n’aimerais pas la revivre. Trop d’anxiété,d’infos anxiogène, tous les projets stoppés net, et l’incompréhension .. enfin. On vous a vu, puis ca a été notre tour.

    • Ciccia&Cerva

      En effet, quand on relit cet article, c’est assez dingue de voir comment les choses ont basculé les semaines qui ont suivi… On ne le modifie pas car finalement c’est la situation que l’on a vécu à l’instant présent même si c’est très étrange !

  • Aurore Bernard

    Si bien vu et résumé, merci pour ce bel article! J’ai beaucoup ri moi aussi!
    Je me rends compte qu’en 2 semaines à peine, les choses ont pris un tour bien dramatique nous faisant basculer de l’incrédulité initiale à la résignation version #iorestoacasa
    Et pour garder une touche de légèreté qui adoucit les mœurs, sant’Amuchina prega per noi! 😷

  • Julie

    Ahhhh merci pour cet article très agréable à lire! Vous avez pensé à faire des vidéos toutes les deux pour nous apprendre les insultes employées en italien? Nan, parce que je suis sûre que c’est très joli à attendre au final 😉
    Ici, nos familles commencent à s’inquiéter pour nous. Il n’y a pas spécialement de raison. On a changé de pays cette semaine, de la Malaisie on est passé en Thaïlande, les doigts dans le nez. Personne à l’aéroport au départ, c’est du bonheur! On espère que ça ne va pas changer. Et quand ma famille s’inquiète, ils ont du mal à comprendre que c’est plus craignos en France que par chez moi…
    N’empêche, je suis heureuse de lire que vous allez bien. (Même si l’article date de 2 semaines, période d’incubation. J’espère qu’entre temps, vous ne vous êtes pas toutes les deux transformées en zombie!)

  • Anaïs

    Est-ce mal si j’ai bien ri en lisant votre article ? 😁 J’adore le ton que vous employez ! 😊
    Je crois que le pire dans ce genre de maladie est la peur généralisée, effectivement bien alimentée par les réseaux et compagnie…

    J’espère qu’entre temps les choses se sont calmées dans votre région !

    • Ciccia&Cerva

      Non ce n’est pas mal, vaut mieux en rire même! Les choses se calment, oui et non car la situation empire mais l’effet de panique lui s’est calmé, un peu. Cette semaine, du moins à Turin et dans notre entourage, la tendance est plus à « apprendre à vivre avec ». On relativise, on respecte les règles d’hygiène et les gens essaient de s’organiser pour aider les personnes âgées et les personnes les plus fragiles. Nous on espère que ça ne deviendra pas comme ça en France, on suit attentivement!

  • Emilie

    Je reçois des nouvelles sur le coronavirus principalement par des partages d’articles sur Facebook, je consulte peu les médias en ce moment et je boude la télé en général dans tous les cas. Alors ça me fait tout drôle de voir que c’est à ce point la panique dans le nord de l’Italie (la réaction des médias français et de certains Français m’étonne beaucoup moins en revanche -_- )
    Ici en Egypte deux cas officiels, mais on peut imaginer que ces personnes chinoises ont potentiellement contaminé des gens sur leur route… mais aucune nouvelle en ce sens à ce jour… Je croise les doigts pour qu’on passe réellement entre les gouttes en Afrique, car il semblerait que les structures hospitalières ne soient pas du tout adaptées même au Caire si problème il y a…
    En tout cas bon courage et tenez-nous au courant !!
    (Bon j’avoue j’ai quand même rigolé parce que j’ai reconnu la référence à la Tribu de Dana :P)

    • Ciccia&Cerva

      Et si, le premier weekend, nous-mêmes, nous étions un peu paniquées. On ne comprenait pas bien ce qui se passait et les médias étaient en boucle et alarmistes! En revanche, on a été surprise de voir la façon dont la situation en Italie était présenté en France. On espère pour toi et pour le peuple Egyptien que vous serez épargné et si possible le plus de pays possibles! Bon courage à vous aussi et surtout, prenez soin de vous 🙂

      (L’inconditionnel Tribu de Dana fait toujours son petit effet ahah)

  • jeveuxtouttester

    Hello !! Après l’inquiétude, et la psychose c’est un peu la paranoïa qui s’installe … ton article est très intéressant et c’est top t’avoir eu ton avis!

    • Ciccia&Cerva

      Il faut faire en sorte de garder son calme et faire confiance aux professionnels de santé. Et arrêter de vider les rayons du supermarché aussi! Merci pour ton commentaire 🙂

  • Debiossac caroline

    J ai beaucoup aimé lire votre article les filles, je pense à vous et bon message de positivisme : oui on peut guérir du coronavirus ! Non à la psychose !
    PS : vous m avez mise une chanson dans la tête  » dans la vallée ho ho … de danna …. « 

    • Ciccia&Cerva

      On essaie, on essaie 🙂 Merci pour ton message, ça fait plaisir!

  • Delphine

    Pour le coup, j’ai vécu les très pesants regards en biais à mon retour de Turin, alors que la région n’est pas à risque. Maintenant qu’il y a plus de cas dans mon petit coin de France qu’à Turin, j’espère qu’on va enfin me laisser tranquille !

    • Ciccia&Cerva

      On ne pensait pas que c’était à ce point :/ On espère que ça va pas trop se développer en France quand même, tiens-nous au courant!

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